Protestant à l’origine contre la hausse du prix du carburant, les manifestants, largement soutenus par la population selon les sondages, entendent désormais imposer d’autres revendications dont le RIC. « C’est un référendum à l’initiative des citoyens sans passer par leurs représentants (Article 3 Constitution). Il existe quatre types de référendum (R.I.C.) et nous les réclamons », peut-on lire sur l’affiche.

Derrière, une dizaine de « gilets jaunes » se préparant à déjeuner, tout en invitant les automobilistes à klaxonner en signe de soutien. Les policiers s’arrêtent en chemin sans vouloir se prêter à l’exercice pour autant. La camaraderie et la jovialité égayent les journées quotidiennes de ces Essonniens arborant le fameux chasuble fluorescent. Parmi eux, Philippe, dont le port d’un gilet couleur orange, donne l’impression de vouloir se démarquer de ses camarades. Pourtant, il n’en est rien pour ce facteur de Sainte-Geneviève-des-Bois. « J’en avais qu’un dans ma voiture et il est orange », sourit ce dernier. Car il l’assure, « mon gilet est jaune, mais il est en colère ! »

« Ce n’est plus un Président de la République »

Depuis le début du mouvement, Philippe et ses compagnons stationnent sur l’un des ronds-points de la Croix-Blanche. « J’ai rejoint les « gilets jaunes » mais je ne voulais pas monter sur Paris pour manifester. On a constaté qu’il n’y avait pas de point de ralliement à Sainte-Gèneviève-des-Bois. On en a donc crée un », résume-t-il, également actif sur les réseaux sociaux. « Je me suis inscrit le 18 novembre sur le groupe Facebook ».

La Croix Blanche rassemble depuis le 17 novembre de nombreux essonniens portant le fameux chasuble

La Croix Blanche rassemble depuis le 17 novembre de nombreux essonniens portant le fameux chasuble (FV/EI)

Philippe l’affirme sans ambages, il veut « la même chose pour tout le monde ». Il précise sa pensée : « Nous voulons renforcer le pouvoir d’achat pour que les gens modestes puissent vivre assez décemment. La plupart d’entre eux ont du mal à payer leur loyer avec leurs revenus ». Dans son explication, il est bientôt rejoint par un électricien à la retraite, qui souhaite garder l’anonymat. Comme Philippe, il est très impliqué au sein du mouvement. « Je manifeste au côté des « gilets jaunes » pour que les enfants puissent vivre dignement ». L’occasion de glisser un tacle à Emmanuel Macron, qu’il accuse d’être « orgueilleux ». « Ce n’est plus un Président de la République. Plus il s’entête, plus il met la France dans la merde » enchaîne-t-il.

Quand on l’interroge sur le grand débat national, lancé à l’initiative du chef de l’État et destiné à trouver une solution à la crise, Philippe se montre d’accord sur le principe. Mais pour lui, cela ne changera rien à la situation. « On veut bien discuter de ça mais qu’ils ne s’attendent pas à ce qu’on arrête le mouvement », prévient-il. Il peut compter sur le soutien de ses camarades mais aussi sur certains passants. Sylvain, chauffeur-livreur de Saint-Georges (Seine-et-Marne), vient leur prêter main forte. « Je suis là depuis 8h30. Je leur fournis des palettes pour les aider à se chauffer », se confie-t-il, prêt à revenir participer à la mobilisation.

Sur le fond-point d'entrée de la Croix-Blanche, à Sainte-Geneviève-des-Bois

Sur le rond-point d’entrée de la Croix-Blanche, à Sainte-Geneviève-des-Bois (FV/EI)

« Ecrire une nouvelle page de l’histoire de France »

Au giratoire Gutenberg, entre Palaiseau et Villebon, les journées se suivent et se ressemblent pour Sandrine, habitante de Champlan. Mère de quatre enfants, elle travaille en intérim dans une entreprise de logistique. « Je me trouve en situation précaire. Je suis divorcée et je touche que 1145 euros net par mois », révèle-t-elle. Elle passe ainsi une bonne partie de son temps à faire partie des citoyens des alentours mobilisés sur ce rond-point.

Malgré tout, Sandrine n’hésite pas à faire partager sa bonne humeur, invitant les passants à klaxonner ou à signer la pétition sur le net. « Ça nous fait du bien ces coups de klaxon. Même si la plupart d’entre eux ne savent pas pourquoi on est là. On les informe alors sur notre mouvement. Certains apportent leur soutien autrement en nous offrant des friandises, viennoiseries et boissons » raconte-elle..

Près du campement, Agnès, sans emploi, discute avec une trentaine d’autres « gilets jaunes ». La raison pour laquelle elle parcourt 7 km à pied de son domicile jusqu’au rond-point est liée à une loi sur le TFR (Tarif forfaitaire de responsabilité). Signé par les caisses nationales d’assurance maladie et les professionnels de santé, l’accord fixe un tarif de référence pour les actes et produits médicaux. Ce tarif a des incidences sur le remboursement de certains médicaments de marque. Un obstacle pour Agnès qui en explique la raison. « Mon mari est atteint de leucémie, il prend une chimiothérapie tous les jours. Pour le soulager, on est obligé de dépenser 1 000 euros pour acheter du Glivec, un médicament anticancéreux ».

La nuit tombée, les bruits de klaxon continuent de se faire entendre près du rond-point. Agnès, Sandrine et les autres veillent à aborder les automobilistes. Comme leurs camarades, les deux femmes sont conscientes que « la bataille sera longue ». Agnès s’est engagée dans la mobilisation depuis un mois. Rien ne la fera renoncer à ce qu’elle considère comme une « pure tradition familiale ». « Je viens d’une famille d’ouvriers. Nous connaissons donc la valeur du travail et de l’argent. Toute ma famille est concernée. Mes cousins s’engagent en Seine-Martitime », assure-elle. Pour Sandrine, l’enjeu est trop important pour céder à l’abandon. « On est en train d’écrire une nouvelle page de l’histoire de France ».

Ronds-points, péages, routes… Les « gilets jaunes » se rassemblent en masse pour faire entendre leur voix aux quatre coins de la France. Le mouvement émerge dans plusieurs secteurs de l’Essonne. Ses partisans veillent scrupuleusement à communiquer avec les automobilistes sur leurs revendications diverses. Avec un mot d’ordre, la discussion. La colère, elle, est dirigée contre le gouvernement.