Au départ du mouvement de grève, « des raisons profondes qui couvent depuis un moment » résume un délégué syndical du SPA-CFTC. Car l’ensemble des organisations représentatives ont appelé à cette mobilisation. Selon cet officier, « on a beaucoup de problèmes, liés aux conditions de travail et au manque criant de pompiers pour remplir nos missions ». Il égraine ainsi, « des engins à incendie hors d’âge, des ambulances avec 270 000 kms au compteur, et le SAMU, lui-même débordé, qui nous renvoit les appels ». Fabien Dumont, d’Avenir Secours CGC, le syndicat des encadrants, regrette la dégradation de leur mission « d’assurer la bonne sécurité » des personnes et des biens, et ainsi de « ne plus être en mesure d’assurer une intervention en 8–9 minutes pour un arrêt cardiaque », précisant qu’il « faut aujourd’hui 11 à 12 minutes ».

Des raisons budgétaires

« Il y a une montée en charge des interventions, et face à cela, oui, le nombre de pompiers n’est pas suffisant » : président du Sdis 91 et conseiller départemental, Dominique Echaroux conduit les négociations entre l’instance et les représentants des pompiers essonniens. Si il ne conteste pas les raisons de la colère, il affirme que le Département « n’a pas les moyens financiers » de répondre aux demandes des grévistes. Selon lui, « 80 recrutements » sont prévus d’ici avril prochain, mais cela ne serait pas suffisant par rapport aux besoins exprimés. L’élu espère donc que les prochaines négociations permettent « que l’on se mette d’accord »et souhaite arriver à « répondre aux questionnements » soumis par ses agents.

Aux dires de plusieurs pompiers mobilisés, la « goûte d’eau qui a fait déborder le vase » seraient les deux gros incendies survenus en Essonne ces derniers mois, dans une casse automobile d’Athis-Mons le 1er août et surtout les dizaines d’hectares de la forêt de Sénart partis en fumée au mois d’octobre. Selon Yohan Martin, secrétaire général de la CGT des pompiers de l’Essonne, « des renforts des autres départements » ont été nécessaires pour lutter contre l’incendie de forêt, et les équipes mobilisées « n’ont pas pu être relevées dans les temps faute d’effectifs » témoigne-t-il, lui-même étant présent sur place « huit heures d’affilée ». « A Sénart, on n’avait pas connu ça depuis 40 ans » se défend Dominique Echaroux qui évoque la « solidarité » entre les pompiers des différents départements de la région en cas de crise. Plus globalement, « ce sont tous les services publics qui sont en souffrance », décrit le représentant syndical, en faisant le lien avec « l’hôpital, les services sociaux qu’on tente de déconstruire ». Pour marquer le coup, les pompiers ont sorti fumigènes, pétards, sirènes et se sont allongés au milieu de la route, jeudi à la mi-journée à proximité de leur siège administratif du rond-point de l’Espace entre Evry et Courcouronnes. La grève de type ‘perlée’ se poursuit, de même que les discussions entre représentants syndicaux et direction du SDIS, sachant qu’un service minimum est en fonction.