On le sait, les élections partielles suscitent chroniquement une mobilisation moins importante des électeurs. Dans le cadre de l’élection du nouveau député, les habitants de la première circonscription n’ont pas tous envisagé que la démission retentissante de l’ancien Premier ministre allait déclencher un nouveau scrutin, et non pas l’entrée automatique au Palais Bourbon de sa suppléante, Marie-Hélène Bacon. « Sur le terrain on constate que tous les électeurs n’ont pas pris conscience qu’il fallait aller revoter. Il y a un vrai travail pédagogique à faire », explique Michèle Fédérak, candidate du NPA à la députation. La démission sèche de M. Valls pour mener campagne à Barcelone n’entre en effet pas dans les cas prévus par le code électoral pour déclencher le remplacement par le suppléant, comme c’est le cas par exemple lorsqu’un député accepte un poste gouvernemental.

Cette méconnaissance sur la tenue du scrutin a également été remarquée par la candidate de la France Insoumise, Farida Amrani, lors des opérations de porte-à-porte qu’elle a notamment mené dans le quartier des Tarterêts à Corbeil, où Essonne Info l’a suivie. « C’est vrai qu’il y un risque d’une participation faible sur ce type d’élections partielles », explique la candidate. « Ces opérations de porte-à-porte au cours desquelles on peut prendre le temps de discuter individuellement avec les électeurs sont aussi l’occasion de réveiller les consciences, de rappeler les dates du scrutin et d’expliquer pourquoi on doit y retourner. » 

Révélateur d’un « ras-le-bol »

« Tout le monde n’a pas fait le rapprochement entre la démission de Manuel Valls et la provocation d’une élection partielle », reconnait également Francis Chouat, successeur du député démissionnaire à la mairie d’Évry. Il faut dire que la préfecture de l’Essonne s’est plutôt hâtée à organiser ce vote. Elle dispose en effet selon la loi d’un délai de trois mois pour faire le scrutin partiel. Or le décret de convocation des électeurs a été publié dès le 6 octobre, quatre jours après l’annonce de la démission, ce qui a réduit le temps laissé aux candidats et aux institutions d’informer les électeurs, tout en jetant les candidats dans une campagne expresse. Par conséquent, Francis Chouat l’assure, sur un scrutin si particulier, »mon premier adversaire sera l’abstention », et non pas la candidate insoumise…

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Mais au-delà des spécificités très locales de ce scrutin, l’abstention qu’il risque de connaître a aussi des racines plus profondes. Pour Mikael Matingou, candidat sans étiquette, l’abstention est surtout « révélatrice d’un ras-le-bol. Les habitants n’y croient plus. Le futur député aura aussi pour mission par conséquent de redonner de la confiance aux Essonniens ». Même constat pour Michèle Fédérak : « Un certain nombre de gens ne croient plus en la politique. Il y a un fort écœurement. Surtout chez certaines populations de cette circonscription qui se sentent socialement déclassés ou politiquement abandonnés. »

Le désarroi des électeurs pourrait aussi avoir une incidence mathématique dimanche soir, à l’issue du premier tour. En effet, en juin 2017, le taux d’abstention avait fixé le nombre de voix pour accéder au second tour entre 4000 et 5000 voix seulement sur les 71 177 inscrits dans la circonscription (Farida Amrani avait obtenu 4800 voix et Manuel Valls 7000 au premier tour). Un argument pouvant aussi servir à mobiliser les électeurs, comme l’explique le candidat de l’UPR Yavar Siyahkalroudi : « En 2017, le seuil de qualification pour le deuxième tour se situait autour de 4500 voix. C’est ce qu’on essaie de montrer aux électeurs qui nous disent que leur voix ne sert à rien. Au contraire, chaque voix compte. » 

Si l’abstention pouvait ainsi théoriquement faire émerger au second tour un candidat moins attendu, la possibilité de voir trois candidats s’affronter au second tour est elle bien moins réaliste. Pour provoquer une triangulaire il faudra en effet rassembler derrière sa candidature au moins 12,5% des inscrits.