Grigny propose un pacte financier à l’Etat pour assurer son avenir

16 avril 2018

Troisième volet de la feuille de route Grigny 2030, le document sera prochainement transmis à la préfecture. Il recense les actions à mener dans la commune ces prochaines années pour « envisager réellement et durablement » l’avenir.

« Il faut que l’Etat rassemble tout le monde autour de la table et qu’il passe à l’acte. » Après un rapport interministériel qui pointait en 2016 les lacunes de Grigny en matière d’éducation, de santé, d’accès à l’emploi ou encore de sécurité et la signature d’une feuille de route avec la préfecture et l’agglomération Grand Paris Sud, la mairie poursuit sa série de mesures pour redresser la situation de la ville. Le conseil municipal a franchi une nouvelle étape la semaine passée en adoptant un Pacte financier qu’elle souhaite passer avec les services de l’Etat.

« Trois axes avaient été retenus pour la feuille de route Grigny 2030 adoptée en septembre 2016, rappelle le maire Philippe Rio (PCF). Il y avait le volet social avec la santé et l’éducation, l’aménagement urbain et un chapitre financier avec la signature d’un pacte. C’est ce que nous avons adopté jeudi soir. » Au fil des neuf pages de ce document qui sera remis à la préfète de l’Essonne, la commune revient sur les mesures déjà mises en place. Elle détaille également le plan d’actions exceptionnel nécessaire pour « envisager réellement et durablement » son avenir.

 

Pour solder un déficit d’investissement de 14 M€, la mairie propose deux axes. En vendant plusieurs terrains, celui de la Folie à côté de Grigny 2, les locaux commerciaux utilisés jadis par Casino et les réserves foncières de la route de Corbeil, Grigny entend récupérer 7 M€. Des ventes auxquelles s’ajoute la cession d’actions que la commune avait au sein de la Semardel, l’organisme en charge de la gestion des déchets. Les 7 M€ restants proviendront d’un prêt bonifié et de la renégociation de la dette actuelle.

Obtenir les moyens de maintenir les dispositifs spéciaux

Un autre enjeu notifié dans le document attend la ville, celui de poursuivre les actions amorcées avec la feuille de route Grigny 2030. Car malgré les aides, le reste à charge pour la commune risque d’être trop lourd à assumer. « Toutes les classes de CP ont été dédoublées, se félicite le maire. Mais lorsque la mesure sera également appliquée en CE1, le coût de la réforme sera énorme pour la ville. En raison du nombre d’enfants que nous scolarisons, nous faisons déjà face à un surcoût de 2 M€ par rapport aux communes de la même taille. »

Même problème avec le projet de création de police municipale. Bien qu’une enveloppe exceptionnelle de 800 000 € ait été accordée par l’Etat, la ville assure qu’elle ne sera pas en mesure de financer la structure de façon pérenne. « Avec les 17 agents, la rénovation des locaux, l’équipement et la vidéo protection, les 800 000 € ne vont pas suffire. Nous allons d’ailleurs devoir commencer avec deux fois moins d’effectifs. »

Enfin, pour la rénovation urbaine, les élus alertent l’Etat sur la nécessité de bénéficier d’un taux de subvention supérieur à 95 %. Un taux indispensable pour que la ville puisse assumer sa part. « Ce pacte financier est un contrat donnant-donnant, conclut Philippe Rio. Il devra être piloté, suivi, contrôlé et, au cas échéant ajusté, dans une gouvernance partagée entre l’Etat et la ville. »

Grigny multiplie les démarches pour en finir avec « l’apartheid social et territorial »

Une boîte à idées, un laboratoire grandeur nature. Mois après mois, le maire (PCF) de Grigny, Philippe Rio, a fait de sa ville un territoire pilote pour mettre un terme à « l’apartheid social et territorial » qui ronge la commune. A Grigny, 40 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté et le chômage, qui peut grimper jusqu’à plus de 30 % dans certains quartiers, s’établit en moyenne à 16 %. Un chiffre deux fois plus élevé que la moyenne départementale.

Plusieurs actions fortes ont été mises en place pour redresser la commune après qu’un rapport interministériel a été remis en 2016 au 1er ministre de l’époque, Manuel Valls. Mais le malaise est plus grand. En juin 2017, Philipe Rio a écrit au nouveau président de la République, Emmanuel Macron, en lui demandant des « actes concrets ». Des demandes « prises en compte » par l’Elysée.

Un mois plus tard, c’est de l’Essonne que la grogne des maires de banlieue se fait entendre. Avec « l’appel de Grigny », les élus dressent une série de mesures pour venir en aide aux quartiers prioritaires. Désormais, les espoirs des maires de banlieue reposent sur le rapport Borloo qui sera remis au président de la République dans les prochains jours. Un document décrit par les maires comme « celui de la dernière chance ».

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