Car si ce dispositif promet notamment pour les Tarterêts, « plus de policiers, et plus de proximité avec les habitants », les intéressés ont eu droit à une sorte d’avant goût lors de cette visite ministérielle. Équipages d’ilotiers déployés aux coins de rues, cars de CRS aux entrées du quartier, police montée, ou en civil, et des agents scrutant attentivement les étages des immeubles alentours pendant les déambulations de Gérard Collomb : rien n’a été laissé au hasard pour assurer la sécurité de la visite. Les contacts avec les habitants du quartier s’en sont trouvés logiquement limités.

1300 fonctionnaires pour 60 quartiers

Annoncé le 8 février dernier, le programme de Police de sécurité du quotidien vise à répondre au « besoin d’une action forte » dans les quartiers « marqués par la violence et l’insécurité » a rappelé le ministre. Sélectionné dans une première vague de 30 territoires de France métropolitaine, le quartier des Tarterêts de Corbeil-Essonnes est le seul du département concerné par ces premières annonces. D’ici 2020, 1300 effectifs supplémentaires de police seront rattachés à 60 quartiers, dont 30 sont déjà identifiés par les services de l’Etat. Corbeil-Essonnes bénéficie dans ce cadre de 30 fonctionnaires dédiés. Ceux-ci sont affectés durant ce mois de septembre, d’après le plan ministériel.

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Le ministre de l’Intérieur a détaillé à Corbeil-Essonnes la mise en œuvre de sa Police de sécurité du quotidien, lors d’un déplacement aux Tarterêts. Les quartiers concernés vont chacun donner lieu à un plan de « reconquête républicaine », matérialisé ici par l’attribution de trente nouveaux fonctionnaires au commissariat. Une reconquête qui passe par plus de moyens et plus de terrain. Une démarche approuvée par le maire de la ville Jean-Pierre Bechter, pour qui « les habitants ont besoin de plus de sécurité ».

Gérard Collomb a profité de sa visite en Essonne pour livrer quelques objectifs de cette mesure phare de la politique gouvernementale. Chacun a conscience que cette « reconquête républicaine » devra faire ses preuves auprès des habitants, d’ailleurs tenus à bonne distance de la déambulation du ministre ce mardi après-midi. Celui-ci avait cependant pu croiser quelques riverains la veille au soir, leur livrant des explications sur ce plan, comme le montrent les images diffusées dans la foulée (voir ci-dessous)

Rendez-vous est fixé à 15h ce mardi au milieu du quartier, pour la visite d’une école, 300 mètres de marche, puis un discours au sein de la Maison des associations, située en contre-bas. Les officiels se pressent à l’entrée de la rue, élus, responsables nationaux et locaux de la police et de la gendarmerie, mais aussi une cohorte de caméras et journalistes, présents pour faire réagir le ministre à l’annonce de son départ du gouvernement en mai prochain pour retourner à la vie municipale lyonnaise.

La venue du ministre de l'Intérieur a donné lieu à un impressionnant déploiement de force policier sur le quartier des Tarterêts de Corbeil-Essonnes, dont ici la présence de la police montée

La venue du ministre de l’Intérieur a donné lieu à un impressionnant déploiement de force policier sur le quartier, dont la présence de la police montée (JM/EI)

15 minutes et une grosse averse ensuite, le convoi ministériel fait son arrivée devant la rue Auguste Renoir. Assailli de salutations et de questions, Gérard Collomb se rend ensuite au sein de l’école élémentaire Jacques Prévert. Il y échangera avec les personnels, ainsi que les enfants durant leur récréation. C’est d’ailleurs en parlant d’eux que le ministre de l’Intérieur entame quelques instants plus tard son discours : « j’ai vu beaucoup d’enfants, c’est pour eux que nous nous battons, pour eux que l’on lance ces ‘Quartiers de reconquête républicaine ».

Ces territoires « doivent avoir des moyens particuliers » indique le ministre, après avoir traversé à pied un bout du quartier. Et d’expliquer notamment que « le gouvernement veut que les trafics cessent ». Il livre ensuite des éléments de contexte, en revenant sur la spirale de violence avec le quartier de Montconseil, qui avait fait un mort il y a deux ans (notre article  abonnés). Quelques chiffres concernant les Tarterêts sont cités, avec entre 2013 et 2017 « une augmentation de 13,6% des violences urbaines, et une hausse de 139% des trafics de stupéfiants » relève Gérard Collomb.

Les syndicats saluent une décision « louable » mais veulent plus

Le renfort de ces 30 policiers au commissariat de Corbeil, qui compte actuellement une grosse centaine de fonctionnaires, permettra « d’étendre les horaires des patrouilles » et de procéder à « une véritable reconquête de l’espace public » assure le ministre. Gérard Collomb précise vouloir à la fois « dissuader les délinquants et rassurer les habitants ». Il profite également de son discours pour confirmer que le projet de nouveau commissariat pour Corbeil-Essonnes « ira à son terme ». Des moyens « accrus » sont enfin promis concernant le numérique ou la flotte de véhicules du commissariat, ainsi que des caméras-piéton pour les agents de police.

Gérard Collomb présente le dispositif des ‘Quartiers de reconquête républicaine’ à la Maison des associations de Corbeil-Esonnes, en bas des Tarterêts (JM/EI)

En amont de cette visite, les syndicats de policiers essonniens avaient été reçus par un conseiller du ministre. Concernant les renforts de 30 fonctionnaires pour Corbeil-Essonnes dans le cadre des ‘Quartiers de reconquête républicaine’, « l’apport d’effectifs supplémentaires y est louable » réagit le syndicat Alliance 91 dans un communiqué. Mais pour ces représentants des fonctionnaires de police, cela « ne doit pas masquer les manques dans les autres services ». Même tonalité du côté du SGP-FO 91, qui a remis un courrier « revendicatif «  au représentant du ministère. Ses responsables essonniens y rappellent « le malaise qui existe » dans les rangs policiers et commentent les annonces gouvernementales : « nous nous réjouissons bien sûr du renfort d’effectifs dont peut bénéficier le commissariat de Corbeil » écrivent les syndicalistes, tout en disant regretter « aucun autre renfort sur les autres circonscriptions ».

Reste également à connaître les engagements des pouvoirs publics sur les politiques autres que sécuritaires concernant les Tarterêts. Gérard Collomb parle à ce sujet d’« actions conjointes » avec les autres ministères, à l’image « du dédoublement des classes en REP+ » et du volet développement de l’emploi-formation de la politique gouvernementale. Le quartier corbeil-essonnois de 12 000 habitants fait partie des secteurs inscrits dans les nouveaux programmes de rénovation urbaine. Quinze ans après avoir bénéficié des financements de l’ANRU pour des destructions-reconstructions, les Tarterêts doivent connaître de nouveaux aménagements ces prochaines années. Le préfet Jean-Benoit Albertini confirme que si « on doit régler d’abord le problème de la sécurité », les pouvoirs publics n’en oublient pas pour autant « les questions de logement ou d’équipements sur lesquelles nous travaillons en parallèle ».